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Le webzine des 12 à 15 ans –
Mai 2026
De retour sur la route, c’est l’heure d’écouter la musique à plein volume et de
Chanter à tue-tête :chanter très fort, sans se soucier du volume ou de déranger les autres. en regardant les arbres défiler. Théo, le nez collé, une partie du trajet, sur son téléphone, joue à des jeux et répond à ses amis sur son réseau social préféré. Son père lui rappelle souvent de profiter des paysages.
À Wawa, Théo et son père font une courte pause pour admirer la célèbre statue de l’oie géante et savourer un repas rapide au casse-croûte.
Wawa… Marathon… Terrace Bay… Le soleil se couche, alors qu’ils longent le lac Supérieur sur la transcanadienne. Vers 22 h 30, ils aperçoivent enfin les lumières de Thunder Bay.
Au petit déjeuner, après une bonne nuit de sommeil, Théo déguste un délicieux déjeuner avec sa cousine et son cousin. Ils ne se sont pas vus depuis trois ans.
— Aimerais-tu aller visiter le géant? demande Léa à Théo, alors qu’il prend une grande bouchée de son muffin.
— Hein?! Un géant? répond-il, la bouche pleine.
— Tu n’as jamais entendu parler du géant endormi de Thunder Bay? demande Matt, curieux.
— Euh, non, les géants, ça n’existe pas.
— Eh bien, c’est décidé! Nous irons en expédition pour le rencontrer, dit Léa, sourire en coin.
Théo est très curieux. Comment un géant peut-il habiter ici sans que personne ailleurs en ait entendu parler. Sûrement, quelqu’un aurait fait un « live » et l’aurait publié. C’est certainement une blague de la part de sa cousine et de son cousin.
Son oncle Richard les conduit d’abord jusqu’au monument de Terry Fox. Théo connaît Terry Fox, car, chaque année, il y a une course en son honneur à son école. Terry est un jeune héros canadien qui a tenté de traverser tout le pays à la course pour aider la recherche contre le cancer. La statue, à Thunder Bay, rappelle l’endroit où son incroyable « Marathon de l’espoir » s’est arrêté, juste avant sa mort.
Après quelques minutes à contempler l’émouvante statue, Léa propose à Théo de se tourner vers le lac.
— Regarde là-bas… le géant est endormi dans l’eau, dit-elle en pointant vers une formation rocheuse au loin.
Théo plisse les yeux et tente de regarder dans la direction que pointe sa cousine. Après quelques instants, il abandonne.
— Mais, de quoi parles-tu? C’est juste des roches! dit-il avec frustration.
— Un instant, je t’explique. Tu dois faire preuve d’imagination, répond-elle.
Léa lui donne une paire de jumelles et commence son explication.
— Imagine-toi une personne qui dort sur le dos. D’abord, tu peux apercevoir le profil de sa tête. Puis, son cou plus étroit. Ensuite, sa poitrine et son ventre relevé, explique-t-elle lentement.
— Ah oui! Je le vois! s’exclame soudainement Théo. C’est vrai que ça ressemble à une personne endormie.
— Il s’appelle Nanabijou. Il y a une légende ojibwée qui explique son sommeil, ajoute Léa.
L’oncle Richard explique alors la légende. Nanabijou, aussi appelé le Grand Esprit de l’Eau profonde, était un esprit puissant et bienveillant qui protégeait le peuple ojibwé. En reconnaissance de leur loyauté et de leur mode de vie paisible et en harmonie avec la nature, il leur offrit un cadeau précieux : l’accès à une mine d’argent secrète située sur l’île aujourd’hui connue sous le nom de Silver Islet. Cependant, Nanabijou avertit le chef que, si le secret de la mine était révélé aux étrangers, il serait transformé en pierre, et le peuple subirait une grande perte. Malheureusement, le secret fut révélé. Lorsque les étrangers tentèrent d’atteindre la mine d’argent et de l’exploiter pour leur seul profit, sans partager, Nanabijou déclencha une tempête violente sur le lac Supérieur, noyant les intrus.
Fidèle à sa parole, il se transforma en pierre, prenant la forme d’une silhouette géante allongée avec les bras croisés sur la poitrine. Pétrifié, il veille à jamais sur la baie et sur les richesses de la terre.
— Wow! quelle histoire fascinante! déclare Théo.
— Veux-tu aller le voir de plus près? Nous pourrions aller faire une randonnée et du camping sauvage dans le parc provincial ce soir. Nous avons préparé tout l’équipement pour y passer la nuit, suggère Matt.
Théo accepte avec enthousiasme cette aventure inattendue. Il adore le camping et est toujours heureux de se retrouver dans la nature. Oncle Richard les conduit au parc provincial Sleeping Giant et les dépose à l’accueil.
« Essayez de ne pas vous faire manger par les loups! » leur dit-il avant de partir en souriant.
Le belvédère se trouve sur la « poitrine » du géant endormi et offre donc une magnifique vue de la tête et de la baie. Ils pourront ensuite camper au sommet avant de redescendre le lendemain matin. Au total, ce sera un trajet aller-retour de 17 kilomètres. Le sentier est coté « diamant noir », ce qui signifie qu’il est difficile. Les trois cousins sont prêts à relever le défi.
Le premier segment de marche est relativement facile. Ils s’arrêtent ici et là pour boire de l’eau et manger des boules d’énergie. Dans la forêt tout autour, les oiseaux chantent et les insectes bourdonnent.
Après quelques heures, le sentier se complique et la pente commence à être plus raide. Chaque pas devient plus difficile, et les mollets sont en feu. Mais, leurs efforts sont récompensés. Rendus au belvédère Nanabosho, ils admirent le soleil qui se couche, révélant une vue magnifique de la « tête endormie » du géant de Thunder Bay.
— C’est magnifique! Quelle vue! s’exclame Léa.
— C’est bizarre de penser que nous sommes sur la poitrine du géant. Peut-être qu’il va commencer à respirer et nous secouer…, ajoute Théo.
— Faudrait penser à s’installer pour la nuit. On ne voudrait pas manquer les derniers rayons de soleil pour choisir notre emplacement, suggère Matt.
Les trois cousins se séparent momentanément pour explorer les environs. Théo lance ensuite un appel aux deux autres : il a trouvé une petite
Clairière :endroit dépourvu d’arbres dans une forêt. parfaite pour installer la tente pour la nuit. Après un repas rapide, la nuit est vite tombée. Les cousins s’installent près de la tente et de leur feu de camp pour regarder les étoiles.
Soudain, parmi les étoiles, d’étranges lumières deviennent visibles. De la « tête » du géant, deux
Faisceaux :ensemble de rayons lumineux. émeraudes sont projetés droit dans le ciel. Comme s’il avait ouvert les yeux…
Émerveillés par le spectacle des lumières dansantes vers le ciel, les trois cousins restent silencieux un moment. Puis, Léa remarque un certain motif dans le ciel. Comme si le géant tentait de leur donner un message.
— Regardez… on dirait que les signaux se répètent. Trois longs faisceaux suivis d’un plus court, affirme-t-elle.
— Je pense que tu as raison. Mais, qu’est-ce que cela signifie? demande Théo.
Soudainement, le sol se met à trembler légèrement sous leurs pieds. À quelques pas de leur tente, les roches du sol semblaient bouger et se rassembler pour créer un chemin. Des centaines de lucioles se placent le long de la bordure du nouveau chemin, comme si elles voulaient éclairer la voie.
Boum boum… boum boum… boum boum…
Le bruit d’un cœur battant se fait entendre. Tout d’abord lent et presque silencieux, puis de plus en plus rapide et fort.
— Vous entendez ça? demande Matt, comme s’il voulait se rassurer qu’il n’était pas en train d’imaginer ce bruit improbable.
— Oui, c’est comme si l’on nous appelait, renchérit Léa.
— Pas le choix, on doit aller voir ce qu’il y a au bout du chemin, ajoute Théo.
Les trois cousins
Prennent leur courage à deux mains :rassemblent toutes leurs forces pour surmonter leur peur.
Prennent leur courage à deux mains :rassemblent toutes leurs forces pour surmonter leur peur.
Prennent leur courage à deux mains :rassemblent toutes leurs forces pour surmonter leur peur. Ils se dirigent le long du sentier qu’illuminent les lucioles.
Après quelques mètres, le chemin s’arrête. Un grand arbre aux racines profondes se dresse devant eux. Des feuilles blanches scintillent sur le sol, suivant le rythme des battements de cœur qui résonnent désormais à plein volume.
Une vieille dame fait alors son apparition, semblant sortir directement des racines.
« Boozhoo, dit-elle doucement en plaçant une main sur son cœur et une main sur le tronc de l’arbre. Bienvenue dans le cœur de Nanabijou. » Le rythme cardiaque du géant se calme alors, redevenant doux, régulier et paisible.
Une fois remise de sa surprise, Léa est la première à prendre la parole.
« Boozhoo. Je m’appelle Léa. Lui, c’est mon frère Matt et lui, mon cousin Théo. Pouvez-vous nous expliquer ce qui se passe? » demande-t-elle d’un ton incertain.
La vieille dame lui sourit pour la rassurer. Elle s’assoit dans les racines, jambes croisées. Elle prend une grande respiration, puis une autre. Elle sort une plume d’aigle,
Migizi miigwan :terme ojibwé qui combine migizi (aigle) et miigwan (plume), signifiant « plume d’aigle ». Ce terme est utilisé dans un contexte culturel anishinaabek pour symboliser l’honneur et est souvent associé à la transmission du savoir. et la touche doucement.
« Assoyez-vous avec moi. Je vais vous raconter une histoire. »
Les trois cousins s’exécutent et se placent naturellement en cercle autour de la vieille dame. Elle commence alors à leur dire que, lorsqu’elle était petite, elle venait souvent ici, près de cet arbre. Elle savait qu’il était très vieux, probablement trois ou quatre cents ans. Les pins blancs sont des arbres importants pour les forêts. Leurs racines créent des réseaux souterrains et communiquent avec les autres arbres. Ils sont aussi interconnectés avec les autres êtres vivants de la forêt, tant dans leur vivant que dans leur mort.
Elle vient ici pour oublier, et se souvenir. Elle leur parle brièvement d’une période sombre de sa vie, lorsqu’elle a été envoyée à l’école résidentielle de St. Joseph’s, ici, à Thunder Bay. Dans cette école, elle ne pouvait plus parler sa langue maternelle ni vivre sa culture anishinaabek. Elle a été séparée de sa famille pendant plusieurs années. On a cherché à effacer chez elle ses connexions, ses racines. Des années plus tard, elle s’est souvenue de cet arbre. En le touchant, elle a retrouvé un sentiment de calme et de paix. Selon elle, l’arbre lui parlait, lui donnait des enseignements longtemps oubliés. C’est Nanabijou qui prenait soin d’elle.
« Tous les êtres vivants sont liés, leur dit-elle. Les arbres, les animaux, l’eau, la terre et les êtres humains. »
Elle leur explique que prendre soin de la nature, c’est aussi prendre soin de soi et des générations futures. Chaque élément de la nature a un esprit et mérite le respect. Les êtres humains font partie d’un cercle et ne sont pas au-dessus des autres êtres vivants. Briser cet équilibre met tout le cercle en danger. C’est la raison pour laquelle, de temps à autre, Nanabijou se réveille et se met en colère. Ça ne concerne pas juste la mine d’argent et les possessions matérielles, c’est aussi une question de vivre humblement, en communion avec la communauté et la nature.
Les trois adolescents écoutent
Aînée :dans les cultures autochtones, personne reconnue par sa communauté pour sa profonde sagesse culturelle et traditionnelle, et non seulement pour son âge. avec attention, impressionnés par cette sagesse qui relie le passé, le présent et l’avenir. Après un moment de silence, Théo fait signe qu’il veut prendre la parole. La vieille dame lui donne la plume d’aigle.
— Mais, pourquoi maintenant? Qu’est-ce qui est brisé dans le cercle? demande-t-il.
La vieille dame reprend la plume et ferme les yeux un instant avant de lui répondre.
— Il y a beaucoup de blessures profondes. Les gens ne considèrent plus les autres ni la nature. Ils ne se parlent plus directement. Ils consomment sans arrêt et jettent tout et n’importe quoi sans vraiment réfléchir. Ils ne pensent qu’à eux et à leur propre bonheur. Ils ont oublié la façon de faire des connexions authentiques, dit-elle tout simplement.
Instinctivement, les trois jeunes se prennent la main et celle de la vieille dame. Ils ferment les yeux et sentent l’énergie circuler. Le cercle est complet. Ils restent un long moment en silence, à écouter le vent dans les feuilles et les animaux nocturnes s’activer au loin dans la forêt.
Puis, le bruit du cœur
S’estompe :devient moins visible, s’efface. et devient silencieux. Les cousins ouvrent alors les yeux. La vieille dame a disparu, tout comme le chemin illuminé et les faisceaux des yeux du géant. Tout est calme autour d’eux. Les premières lueurs du soleil se manifestent dans les branches.
En silence, Théo, Léa et Matt ramassent leur tente et préparent leur bagage pour redescendre. Aucun mot ne peut exprimer ce qu’ils ressentent. Au belvédère Nanabosho, ils prennent un moment pour regarder une dernière fois le géant. Endormi, mais bien vivant…
Au loin, ils peuvent voir la baie Sawyer, la baie Hoorigan, la baie Clavet, la mine Silver Islet et l’île Porphyry. La ville de Thunder Bay se dessine à l’horizon. Ils en profitent pour prendre une photo, les trois unis dans l’instant présent.
Théo se met en marche, suivi de Léa et de Matt. Ils descendent tranquillement, prenant le temps de regarder chaque plante, chaque animal qui croise leur chemin. De retour au stationnement, l’oncle Richard les attend.
— Et puis? Vous avez fait de belles rencontres sur le ventre du géant? leur demande-t-il, souriant.
Les trois cousins s’échangent un regard
Complice :qui témoigne d’une belle complicité ou d’une entente secrète. Ils savent qu’ils viennent de vivre une aventure unique.
— C’était super inspirant, dit Léa. On a passé de beaux moments ensemble.
— Tout à fait, renchérit Matt. On ne verra plus jamais le monde de la même manière.
De retour à la maison de ses cousins, à Thunder Bay, Théo décide de publier un message sur ses réseaux sociaux. Il hésite un long moment. Il repense à ce que la vieille dame lui a dit ainsi qu’aux signes de détresse du géant endormi. Comment pourrait-il transmettre ce qu’il a appris? Comment encourager les gens à s’unir et à reformer le cercle brisé? Comment se reconnecter avec les autres et la nature pour le bien des générations futures? Il formule attentivement son message, le modifie plusieurs fois et appuie sur Publier. Il sait maintenant qu’au-delà du Web et du virtuel, il devra faire un effort dans son quotidien pour se reconnecter. Voir ses amis plus souvent, parler à des gens autour de lui, réfléchir à sa consommation matérielle, faire attention à ses actions et à leur impact sur la nature. Il éteint son cellulaire et va rejoindre sa famille pour une autre journée à explorer la nature.
FIN
